Les débuts

D'aussi loin que je m'en rappelle, mon plus vieux souvenir est celui d'une chaleur intense et d'un soleil brûlant qui vous pique la peau. J'étais dans ses bras, elle me souriait, comme je l'aimais. Curieux, je regardais vers le haut jusqu'à la cime des immenses cyprès. Puis mon regard se posa de nouveau sur son visage puis vers sa poitrine. La robe de ma mère était blanche ce qui est surprenant puisque nous étions dans un cimetière.

Plus loin un enterrement se terminait, nous étions en retrait, ma mère décide de s'en approcher. Un homme aux cheveux gris aide une vieille dame habillée de noir et portant une mantille noire à monter à l'arrière d'une fourgonnette, il nous aide ensuite à la rejoindre, ma mère s'assied a ses cotes, la vieille dame détourne la tête sur sa droite d'un air dégouté...Mes yeux curieux, découvrent tout, un souvenir de noir et de rouge, quelques images pieuses, puis je pense le sommeil, plus rien.

La suite du souvenir se passe en haut des trois marches de l'entrée de l'hôpital, je suis dans les bras d'une infirmière, son odeur est différente, et je vois ma mère descendre les marches pour s'engouffrer dans une grosse voiture noire, 3 marches qui nous séparerons pour toujours, et mes pleurs qui finissent dans un râle au fond de ma gorge n'ont pas su la retenir, je la vois au travers du pare-brise arrière, se retourner pour me voir encore une fois une dernière fois, ses yeux secs.
Mon deuxième souvenir est plus riche en sensations, chacun de mes parents tient une de mes mains et me soulève au gré des vaguelettes qui viennent effleurer mes orteils "Zouuuuu revoilà la vague, dit ma mère, je me souviens que je riais, puis ils me laissèrent toucher le sable mouillé, et ma mère dit: "qu'est-ce que c'est? Une baleine c'est une baleine sous tes pieds?, je prends peur, une baleine? ça doit être méchant! Mais nous continuons de jouer, je crois bien que j'étais heureux ce jour où je découvrais pour la première fois la mer dans une des plages de Tanger.

Mon troisième souvenir c'est un souvenir de lumière, celle des bougies des pèlerins vus des hauteurs de Lourdes, un souvenir de sons aussi, les chants repris en chœur par une foule immense de l'Ave Maria, et nous reprenant ces chants sous la colère feinte de mon père.

Mon quatrième souvenir est celui de cours de natation dans une piscine, mon père et mon grand-père qui insistent à dire qu'il s'agit du champion de France de natation! Mes cousins aussi apprennent à nager, et "le champion de France" disant de moi "il sera un grand nageur"

Mon cinquième souvenir est un souvenir d'enivrement, celui des portes tambours de l'hôtel Pyramides à Paris, un souvenir de tête qui tourne au rythme des portes vitrées circulaires, sous le regard mi amuse mi agace du portier de l'hôtel et du concierge, et ma mère assise sur un canapé du lobby qui dit enfin: "Robert arrêtes!"

Mon sixième souvenir est celui d'une peur primitive, celle de voir des têtes de carton-pâte colorées effleurer le fer forge du balcon de l'hôtel L'Escorial, la tête des "gigantes" et ma cousine et moi paniqués allant nous refugier sous une table loin de ses géants grimaçants sous le rire amuse de la famille.

Mon septième souvenir est celui du gout, celui des amandes toastées et salées qui se trouvaient dans des gobelets en vermeil sur des guéridons en ce jour de la bar Mitzvah de mon cousin Robert (dit "le Grand" parce qu'il était l'aine des cousins et l'aine des Robert) nous étions en 1961. Je piquais sans arrêt ces amandes et les mangeais goulument, et ma tante Nelly me criait aux oreilles: Arrêtes, tu vas tout finir! et moi de lui répondre: -si on peut plus faire ce qu'on veut maintenant!"

-Si maintenant on ne peut plus faire ce qu'on veut!

Mon huitième souvenir est celui de la douleur, celle de ma curiosité et envie qui du haut de mes 3 ans m'avait poussé, a l'image du crapaud qui voulait être Taureau, à vouloir soulever une des boules du bowling des abords de Torremolinos, et les cris et les mises en garde lorsqu'une autre boule que le ne vis pas vint coincer le bout de mon annulaire droit entre les deux Boules de fer, le sang, les pleurs, les bras de mon père puis la recherche d'un médecin de garde...

D'autres bribes de souvenirs, les sièges rouges et les loges d'un théâtre, celles d'un jardin, moi dans une poussette les yeux attires par une petite statue de garçon en marbre blanc, le vert et la quiétude de ce grand jardin, avec ma mère au loin en conversation avec un vieil homme, le souvenir d'une rue perpendiculaire à la place de France de Tanger sur le cote droit du belvédère, celui de ma mère et de cousins se dirigeant vers une de ces maisons de ville..
Les travellings et Spots des équipes de cinéma qui tous les étés au pied des appartements du complexe immobilier Eurosol à Benalmadena, Torremolinos. Ce jour de l'été 1965 ou mon grand-père vint nous chercher deux cousines a moi l'ainée de tous les cousins, sa petite sœur qui a mon âge et moi, pour nous emmener au port de Malaga. Nous sommes montes a bord du paquebot transatlantique Shalom, nous avons attendus à un bar l'arrivée d'une dame blonde, qui salua mon grand-père, elle me regarda, puis parti avec lui, mon grand-père nous confiant a la garde de Juan son chauffeur, et nous avons attendu son retour avant de repartir vers Torremolinos, sur la route, Papy comme à son habitude dit: Un jour ces deux villes ne feront plus qu'une, sur la route reliant Malaga et Torremolinos, en face de la brasserie San Miguel, sur le bas cote, une toute petite chapelle blanche et verte...
C'est de retour à Tanger en Septembre 1965, qu'un matin je ne devais plus revoir ma petite perruche, qui était morte pendant la nuit à cause du gaz. Mes parents étaient au Casino de Tanger, ma mère dit par la suite qu'elle eut une intuition, elle voulut rentrer à l'appartement de l'immeuble Venezuela, et ce qu'elle sentit tout de suite ce fut une forte odeur de gaz, la bonne l'avait laissé ouvert et avait quitté l'appartement nous laissant mon frère et moi endormis. Ma mère nous a sauvés ce soir-là. Dans les jours qui suivirent ma mère partit pour Paris, .officiellement pour maigrir et subir une opération suite à l'hernie dont elle souffrait, je ne l'ai revu que plusieurs mois plus tard...
C'est au mois d'octobre que Papy la rejoint, il la quitta le 29 octobre 1965. Ma mère essaya pendant plusieurs jours d'avoir de ses nouvelles, l'affaire Ben Barka venait d'éclater.

Aussi incroyable que ça va vous paraitre, tous ces souvenirs se sont déroulés entre mes premiers mois de vie et l'âge de 6 ans.

Commentaires

11.04 | 09:10

C'est une composition mixte, Résine, volière enduit au pinceau, feuille d'or, acrylique, bois et plastique, passez le bonjour à vos parents de ma part

...
11.04 | 09:07

Je ne sais pas si c'est votre père qui l'avait acquis vers 1991, je me souviens très bien de ce jour, il m'a dit que c'était son cadeau pour ses 50 ans

...
10.04 | 23:57

Bonjour,

C'est exact !
Déménagement de papa ne permettant pas de l'exposer dans son appartement par manque de place...
Quelle est sa composition ?

Cdlt

...
10.04 | 07:36

Bonjour Xavier, Avec un chiffon légèrement humide.
Etes-vous le nouveau propriétaire?

...
Bonjour !
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