1987-1991 - L'instinct de survie

Florence, Maman et moi Septembre 1987

Le médecin traitant confirma le diagnostic, et moi de l'interroger, "mais comment?

-Il suffit de juste une fois
-quel traitement?
-Aucun, juste des médicaments de confort, vous pouvez vivre comme ça "toute votre vie"
...
Je pense que c'est depuis que mon cerveau évolue dans un état cotonneux un peu comme Caroline Loeb et sa ouate, sauf que moi c'était une ouate a l'odeur d'hôpital que j'avais dans la tête.
A la maison régnait une sale ambiance, mon enthousiasme en avait pris un coup, ça se comprend. L'essai Phildar fut un flop, le cœur et la tête n'y étaient plus.
Et puis les derniers Rendez-vous auprès des "acheteurs d'arts" ou Directeurs artistiques qui finissaient toujours par la même réflexion: "Tu es typé, tu es d'où?"
En septembre mes parents se décidèrent pour  des vacances Italiennes, Rimini pour 2 semaines puis plus au sud.

Mon frère et sa partenaire se joignirent à nous, nous emmenâmes Ganede notre caniche. C'est pendant ce voyage, que mes personnages "les typés" sont nés. J'imaginais déjà le nez le profil les yeux les couleurs...
Ca a été une période très dure parce que je sentais que tous mes espoirs n'avaient plus de raisons d'être, et l'attitude de mon frère et de son amie ont fini de gâcher ces vacances. Elle venait de gagner le premier prix lors du salon de la mode et bien sûr, son avis devenait important. Gonflée par ce succès, elle se permettait de me donner des conseils. Alors que c'est moi qui avais fait les photos de ses modèles et malheuseument en était devenue arrogante avec l'aval de mon frère. Nous avons eu une dispute sur le passage maritime de Rimini, comme elle venait de tomber enceinte, ils essayèrent de faire pression sur ma mère et mon père, et décidèrent de rentrer sur Paris, en avance. Nous partîmes vers Florence la merveilleuse, puis Rome.

Je pense n'avoir rien vu de plus beau que Florence et ce Palais des Offices qui contient en son sein les plus spectaculaires et belles œuvres de la Renaissance Italienne. Des œuvres que l'on peut admirer pour beaucoup d'entre elles dans la ville même de leur élaboration.
J'ai pu enfin découvrir ce tableau mythique: Le Baptême du Christ (Verrocchio) a plusieurs mains avec Leonard de Vinci, et tous ces Botticelli, et ce tableau que je détestais tant en reproduction et que j'ai admiré en réel: Éléonore de Tolède et son fils Jean par le Bronzino. Je fis le vœu de revenir un jour à Florence et de séjourner au Savoy. Un vœu que je ne tiendrai jamais.

Je n'ai pas aimé Rome, trop fouillis, mais j'ai aimé la Piazza Navona, je n'aime pas le caractère des Romains, trop volubiles. Nous étions a l'hôtel Tiziano. Curieusement il a beaucoup plus en ce mois de Septembre 1987 sur Rome.

Sur le chemin de retour je continuais à peaufiner mes personnages. Nous nous sommes arrêtés a Meina une petite ville au bord d'un Lac, après Gènes, quelle beauté, quelle tranquillité!

 De retour à Paris j'achetais de l'acrylique et commençais mes personnages, la première toile de la série fut une femme a la Carmen Miranda sur fond rouge portant un chapeau a fruits sur la tête, le deuxième son pendant masculin.
Puis je commençais une série d'acryliques sur papier, 18X24. Je préparais un "press book".
Je faisais aussi beaucoup de photos de mode, avec Anne Philippe Eric Meclhior et Michel.
Au studio-A je rencontrai Herve Ribet, qui travaillait chez Matra, j'étais heureux mais ça n'a pas duré.

Ensuite je connu Michel toujours au Studio A, un beau garçon, fin, je fis une seule pellicule de 12 clichés avec lui, que de très belles photos. Nous essayâmes une seconde fois de refaire l'amour mais il était déjà en relation et ça n'a pas fonctionné. Même la seconde prise de vue fut médiocre.
Il me dit, non je suis en relation, ça ne pourra pas marcher, je suis désolé...
-ne t'inquiètes pas j'aurai oublié quand nous ne nous reverrons plus.
J'eus très mal à la tête, puis c'était fini, je l'avais en effet oublié.
De mes relations du Studio-A reste dans ma tête un beau garçon qui s'appelait Alban, nous nous vîmes 2 fois, seulement... Puis de ceux que je n'aurai jamais eu il y avait un très beau blond, une figure de mode, nous nous plaisions mais il m'intimidait et même si nous nous sommes assis l'un à côté de l'autre même si nous tournions l'un vers l'autre la tête, jamais je n'ai jamais osé lui parler et si ça se peut c'était réciproque.

Une fois le book étoffé, je commençais mes rendez-vous. Marie-Claire entre autres, on me proposa d'illustrer les signes de l'horoscope, projet qui n'aboutit jamais, je n'en su jamais la raison.

Le premier rendez-vous sérieux ce fut au studio A, rue de Ponthieu, avec Mr Arch lui-même. Je lui proposais une exposition, il accepta. Je reçus entre-temps la visite de Fabienne Chabus, une créatrice publicitaire que je connus lors de mes rendez-vous dans les agences de pub. Cette dernière dit que ces œuvres méritaient d'être connues, et elle eut une idée, elle connaissait quelqu'un qui était l'associé de Sylvie Grumbach, l'attaché de presse des Bains.

Je fus reçu une première fois par Richard, puis c'est Geoffroy de Ville d'Avray qui s'occupa de moi, il me prit rendez-vous avec le directeur artistique des bains, Jonathan Amar. C'est dans la salle d'attente que je remarquai une petite frisotée avec de belles dents, portant une jupe bleue marine jusqu'à mi mollet et un chemisier léger beige clair à col brode sur les pointes. je remarquais ses jambes plutôt jolies. Elle allait et venait, remarquait que mon attente s'éternisait alors elle rentra dans le bureau de Jonathan et ce dernier vint me chercher. Il regarda mon book puis me proposa septembre pour exposer. J'étais ému, surpris, impressionné, à l'époque les Bains n'étaient pas seulement une boite à la mode mais aussi l'espace qui recevait tous les samedi soir l'émission branchée "Bains de minuit" de Thierry Ardisson et Catherine Barma.

Nous étions en Juin, il me restait 3 mois pour l'exposition, le soir même c'était le mariage d'Éric, le cousin Jaoui. J'y allais et m'assis à la table de mon frère, lui annonçait la proposition que l'on venait de me faire:
Je vais te donner l'argent pour les matières premières, dis-moi combien cela coutera et nous en reparlerons.

Le lendemain j'allais chez Adam Montmartre le fournisseur local des artistes des environs de la butte Montmartre. Il demandait environ 5000 Francs. J'en informais Patrick mon "frère". Il me dit, non je ne peux pas, je vais avoir un enfant je ne peux pas me permettre de te donner de l'argent. Il me restait que 3 mois avant l'exposition, mon père venait d'être licencié, j'allais revoir Adam je lui expliquais que je ne pourrai pas avoir tout de suite les 5000 Francs je lui proposai en échange une épingle a cravate en or de chez Boucheron qui me provenait de mon grand-père, il refusa. Je pus tout de même acheter 5 toiles 80 fois 80. Mais impossible d'obtenir le reste.

Le reste ce fut une descente vers le gouffre pas moyen de voir une porte ouverte, pas de fonds et l'équipe des bains qui ne reviendrait pas avant fin aout! Je me laissais aller, je déprimais, dormais espérait un miracle mais rien...Il ne me restait qu'à attendre Septembre, et là j'appelais Jonathan, je lui expliquais la situation, il me fit un chèque de 10 000 francs, je pus acheter le matériel chez Sennelier (quai Malaquais) mais nous étions déjà début septembre et l'exposition était pour le 19 septembre. Je travaillais tout le temps, un jour même ma belle-sœur vint m'aider 1 heure question de faire savoir qu'elle m'avait aidé, quelque chose que le couple resservirait encore et encore...

Les cartons étaient prêts et envoyés par le service de presse, moi j'eus les miens que je distribuai. Le Jour-J arriva je n'étais pas prêt j'appelai Jonathan lui expliquai par téléphone, il enrageait! "si tu m'avais prévenu plus tôt nous aurions pu repousser la date, apportes ce que tu as. Il se plaignit a Geoffroy qui m'appela à son tour et me fit part de la colère de Jonathan. Le camion vint chercher les 5 toiles 3 panneaux muraux et les 30 formats 18 X 24 encadres, manquaient 15 autres toiles non achevées.

Maman refusa de venir à mon exposition, avant que je ne parte elle alluma une bougie, c'est en arrivant sur place qu'on m'apprit que la chaudière avait explosé et que l'exposition avait été remise de quelques heures.
Ludovic, un type très sympa plus ou moins attache de presse des bains, et ancien collaborateur et ami de Coluche me dit "décidément ce n'est pas de chance, c'est incroyable pour la chaudière!" Les Invités revinrent dont mon ami de l'époque Frederick Cracknell. Vice-Consul d'Angleterre (il fit tant de mystères sur son poste que je fus déçu d'apprendre qu'il n'était que vice-consul), et ma banquière. Mon frère et son amie faisaient la tête, mon père fit une remarque désobligeante quand je lui présentai Jonathan, du genre "il présente très mal" et j'allais m'assoir à la table de Sophie de Santis journaliste du figaroscope qui désirait faire un papier sur l'expo.

Il me restait une semaine pour finir les tableaux restants. Je travaillais jour et nuit et refusais toutes invitations.
Une semaine après j'étais prêt et j'amenais les tableaux restants en haut par l'escalier exigu menant aux bureaux. Là j'attendais l'arrivée de Jonathan, en attendant je déballais les tableaux et les nettoyais. J'étais agenouille en train de nettoyer l'un d'eux quand je revis les jolies jambes, je levais les yeux et lui dis dans un grand sourire: "C'est magnifique!
Elle rit
Je poursuivais "et que fait-on dans la vie avec de si jolies jambes?
-Elle rit et me dit "Je suis la responsable comptable des Bains, je suis Evelyne
-Enchanté
-Jonathan ne va plus trop tarder

Je vis passer le gros chauve Guy Cuevas dans une de ses tenues dont lui seul avait le secret, qui partit vers son bureau puis arriva Jonathan, aussi dans un de ses pantalons fuseaux bariole...
Les tableaux furent accroches, je pus me reposer, enfin. Pendant toute l'effervescence et l'urgence de la préparation de l'exposition, pas un seul instant j'oubliais que j'étais positif, que j'étais contagieux, et je me sentais sale. Je cachais a tout le monde mon état, faisais comme si de rien n'était, et un soir aux Bains je vis un homme très émacié, maigre, la peau sur les os le regard ailleurs, la peau sur le visage collait au crane, je compris que c'était mon avenir.
La préparation de l'exposition atténuait un peu mes angoisses mais elles revenaient, je devenais cyclothymique.

Alors je sortais pour essayer d'oublier, les Bains bien sur puis le Boy rue de Caumartin, le studio A le Samedi et toujours le BH pour finir...

Piscine Deligny - Paris 1988
Piscine Deligny - Paris 1988

Un soir je débarquais aux Bains, ambiance gardes du corps, dès mon entrée je remarquais Un couple une jeune blonde très souriante cheveux au carre et un homme bien plus âgé, posant sur l'escalier, les photographes les mitraillant de photos en descendant vers le club je remarquais Marisa Berenson très élégante très mondaine, descendant l'escalier du restaurant, puis à chaque mouvement de tète une star, Boy Georges et son goitre, avec son teint de jeune fille, très maquillé, le regard ailleurs...
C'est pendant le cours de la soirée adosse contre un des piliers entourant la piste de danse que je remarquais un des invites en smoking qui me dévisageait, Il me faisait penser a ces personnages "Les Fenouillards" je détournais la tête et regardais cette dame entre deux âges, au milieu de la piste, une mini-jupe au ras de la culotte visiblement en état d'ébriété ou pire... J'écoutais le gars au smoking me dire dans un grand sourire toutes dents dehors: elle est dans tous ses états la Rochefoucauld.

nous commençâmes a parler c'est ainsi que j'appris que c'était l'anniversaire du prince Von Thurn Und taxis, une surprise que lui faisait sa femme Gloria, très glamour, mais vraiment une femme très sympathique.
Je me présentai et lui dis que les œuvres sur les murs étaient de moi, il mima l'impressionné, je le raccompagnais chez lui rue du Bac, mais j'eus ce soir-là mon premier PV, Il n'avait pas de casque et c'est près de la pyramide de la cour carrée du Louvre qu'un motard m'arrêta a deux pas de la statue équestre de Louis XIV. mon passager lui demanda toujours très mondain, en montrant la statue: mais c'est qui...
Même nu son corps était grossier, c'était son manque de cou et ses cheveux noir corbeau, quelque chose me répugnait, je ne pouvais pas lui faire l'amour. Son nom Marc Hostier, une espèce de satellite très mondain, avec un carnet d'adresse très bien rempli, j'appris beaucoup sur la Jetset parisienne avec lui.
Lors d'un de mes appels aux Bains que je discutais avec Evelyne, elle me donna de bons conseils, comment appréhender les gens, je lui lançai, si un jour tu as du temps nous pourrions diner ensemble.
Arriva le mois de Novembre, le mois de la photo, je repris les tableaux, et commença à travailler à la CEGETI à St Denis, la boite que ma mère et mon père créèrent après le licenciement de ce dernier.
A quelques jours de la fin de l'année je fis une carte de bons vœux pour la nouvelle année 1989 avec toutes ses célébrations du bicentenaire de la révolution.
Evelyne m'appela:
C'était pour ton offre à diner, que dirais-tu du nouvel an?
Je réservais a "L'enclos de Ninon" boulevard Beaumarchais.
Quand arriva minuit les lumières s'éteignirent nous nous levâmes et nous nous sommes embrassés pour la première fois.
C'est aux Bains que nous finîmes la soirée du nouvel an 1988-89, ça officialisait le couple. Evelyne gourmande demanda des "couillettes au chocolat" le nom "poétique" des profiteroles au chocolat, son dessert préféré.
Moins d'un mois après je lui demandais sa main et elle accepta.
Je la présentai a mes parents au restaurant "A la table d'Anvers"
C'était un diner cordial mais plutôt froid. Ma mère me dit plus tard: Elle est forte comme fille c'est ce qu'il te faut, mais elle est différente des filles que tu nous as déjà présentées. C'est vrai que je n'ai pas aimé beaucoup de filles, mais celles qui m'ont plus, ont toujours été belles voir très belles et avec de la classe.
J'allais voir le nouveau médecin de famille qui habitait rue Damrémont, je lui expliquais que je projetais de me marier et lui demandais ce qu'il fallait faire:
"vous devrez faire le test du Sida, et si vous êtes séropositif je devrai prévenir la mairie
Je retournais chez moi effondre
ma mère me dit de concert avec ma décision: "il n'en est pas question!"
Pendant les 6 premiers mois de notre relation je n'ai pas trompé Evelyne.
Puis il y eut ce jour ou elle m'appela, elle avait réservé une chambre dans cet hôtel de famille près des Champs-Elysées.
Je ne pouvais pas lui faire l'amour, j'allais aux WC pour essayer de penser à des images dans ma tête qui me donne une érection mais dès que je la rejoignais, je n'étais plus excité. Elle était tout de même très bruyante, elle faisait l'amour avec un accent, j'avais hâte d'en finir.
Nous sortîmes de la, mais dès que nous arrivâmes a l'accueil, le réceptionniste et sa mère me regardèrent d'un œil mi amuse mi coquin et le fils me fit un clin d'œil approbateur avec un acquiescement de la tête et un couinement du genre mmmmmmm...
Mais j'avais compris, et le soir même j'allais dans un sauna dans le XVII et je fis l'amour enfin avec un beau militaire, au corps ferme et sec, toujours en trainant ma culpabilité +,
Il y eut la maladie de la mère d'Evelyne, un cancer fulgurant.
Il fut le premier d'une longue série et la relation avec Evelyne s'étiolait, j'esquivais les rendez-vous, puis un jour en arrivant au travail un des fournisseurs d'ordinateurs me dit: Tiens je pensais a vous, savez-vous que le patron des Bains vient d'être emprisonné?
Je ne le croyais pas
J'essayais de joindre sans succès Evelyne. Nous nous parlâmes enfin plusieurs jours plus tard, j'appelais chez elle et c'est une de ses sœurs qui me la passa.
Nous nous vîmes et sommes de nouveau ressorti ensemble
Ma culpabilité allait grandissant et, plus l'échéance de ce mariage qui ne se ferait jamais arrivait et plus je devenais distant.
Elle appelait plusieurs fois par jour, je ne répondais plus, elle comprit un jour que c'était fini. Elle m'envoya une lettre une longue lettre qui m'émut beaucoup, j'ai retenu de cette lettre: "Toi je t'aime tout entier" mais je savais que le plus beau cadeau que je pouvais lui faire c'était de lui rendre sa liberté.
Vous pensez que j'ai été égoïste? Je le crois souvent alors il faut que je fasse la part des choses que je mette de chaque cote de la balance mon vécu quotidien, puis la relation avec Evelyne, mes pulsions, le rejet de ma famille, parce que ne croyez pas que ma vie était facile, il y a des silences pire que des mots et des mots qui tuent. C'était ca mon quotidien, c'était aussi de très longues minutes devant le miroir à guetter le moindre bouton, ou un bleu, toujours réprimer un début de toux, n'importe quel symptôme qui pouvait devenir le début de la fin.
Le jour où je pris la décision de rompre définitivement j'étais chez Marc Hostier, je le quittai et sur la rue Bonaparte en face d'un bijouterie antiquaire je trouvais sur le sol une chaine en or avec au bout un 8 en pendentif. Je rentrais dans la bijouterie pour demander si ça venait de chez eux, la Vendeuse me dit non et rajouta, un instant nous allons vérifier si c'est en or, oui vous avez fait une belle trouvaille, le 8 depuis le début des années 80 est mon chiffre fétiche, et depuis la fin des années 80 je le porte autour du cou en pendentif.
C'est au square des Batignolles que je rencontrais Gilles Halimi, un beau brun ténébreux aux yeux verts, mais un peu fou. Il conduisait un 4 X 4 rouge. Nous avons eu une seule aventure, puis nous nous sommes toujours rates, j'arrivai en retard ou il était déjà parti, et un jour il m'a présenté un de ses amis, Thierry Manzini qui n'habitait pas loin de son restaurant "Le Greneta" rue Greneta justement. Thierry devint mon ami, pendant cette relation j'envoyai des copies de mes œuvres au producteur de l'émission "Demain" sur Canal + une émission en clair entre midi et 2 heures de l'après-midi, je démarchais aussi l'étude Binoche et Godeau, une toile devait passer aux enchères. Evelyne et moi nous appelions rarement mais ça arrivait et je l'informai de la suite de ma carrière.
Je fréquentais Thierry gilles et aussi 2 amies prostituées de la rue St Denis connaissances de Thierry leur "bailleur" surnommée "madame coincoin par Gilles aussi se joignait a nous au Greneta.
Un soir Mme Coincoin, une dame d'un certain âge, très émaciée, élégante avec un certain style d'ailleurs, me dit qu'elle faisait souvent des dons comme au KKL, c'était une Dame plaisante mais de cette bande celle que j'appréciais le plus était une prostitue appelons la Isabelle, une fille moulée sur le style Brigitte Bardot dont la spécialité était le SM.
Elle officiait rue St Denis toujours dans sa tenue de cuir ou latex noire, un lasso a la ceinture. Contrairement à sa spécialité, c'était une dame charmante, une coupe de cheveux et un look a la Lova Moor, elle avait dans les années 60 sorti un 45 tours yé-yé. Elle avait un ami de cœur artiste peintre à la belle allure qui ressemblait un peu à Bernard Henri Levy, il me dit qu'il venait d'exposer à l'hippodrome de Vincennes, c'était agréable de parler avec un artiste peintre.
Les tableaux passèrent sur Canal+ et le tableau "Tante Emma" fut ravale
Un soir en marchant rue Montorgueil avec Thierry, ce dernier se répandit dans une diatribe franchement antisémite, je l'ai regardé et je lui ai dit, Adieu je te quitte, et je suis parti, je ne l'ai plus revu
Un autre soir aux Batignolles, je rencontrais Christophe Rannaud, un grand roux châtain, au visage rond gentil et barbu. Il était assis sur le dos d'un banc public, et me suivait du regard, nous avons fini par parler et avons fait l'amour. En discutant nous découvrîmes un ami commun Eric Gohier, alors maire adjoint d'Houdan. Christophe est de ceux qui ont vraiment compte après JL, je me sentais aime, et je commençais à l'aimer.
Un jour, j'ouvrai un tiroir du buffet et je retrouvais cette enveloppe si lourde des analyses de 1987 "Et si Christophe avec sa curiosité découvre ces analyses? Il va me détester, je vais le perdre, je vais être seul" un étau serrait mon ventre, une peur froide glissait entre mes organes internes, alors je les ai déchirées...
Christophe qui travaillait au cheval Français, m'envoya voir Mariane Reckhe qui s'occupait des expositions au Club Uranie à Vincennes. Une femme que j'aime beaucoup, fraiche adorable intelligente chic, saine et surtout très simple. Tout de suite elle m'a proposé une exposition.
Entretemps Christophe me présentait ses amis, tous antiquaires ou brocanteurs certains aux puces un dans le 7 eme arrondissement, il me présenta aussi un de ses collègues, Jean-Paul Chayrigues de Olmetta et enfin Raymond de Nicolay le commissaire-priseur et son adjoint Bernard Froidure. Je pense que j'ai rarement été confronté à l'antisémitisme d'une façon aussi ostentatoire.
C'était une série de diners, assez ennuyeux avec des convives dont le principal reflexe avant de commencer à manger était de retourner les couverts a la recherche du poinçon, le tout bien sur suivi de rire de souris ou d'exclamations "Aaaaahhh!" et bien sur les assiettes de porcelaine suivaient le même sort que les couverts, toujours à la rechercher du label. J'étais devenu l juif de service, avec des blagues douteuses et des quolibets, Christophe lui-même pas très clair a ce niveau ne semblait pas spécialement outre. J'avais envie de distribuer des coups de poings dans le lard à chacun de ces diners. En tous cas ca donnait une bonne idée des diners de la 2nde ou 3 eme République, antiquaire oblige...Dans le couple arriva Jean-Pierre, un eurasien qui fut l'ancien ami de Christophe, nous commençâmes une relation a trois qui continua à 2 (lui et moi) C'était un garçon rare, beau gentil et charmant, agacé comme moi, par les mondanités et les arrogances du groupe de Christophe, mais comme moi il appréciait Christophe, même si c'était fini entre eux.
Je commençai l'exposition de Vincennes. Jean Pierre vint me donner un coup de main, nous avons passé ensemble de très bons moments, complices, mais brefs, il reprit des études et ne put revenir. Je prenais un plaisir particulier à donner du volume à mes personnages avec "sous l'arum" Cette sculpture fut ma première grande œuvre, elle devint le fleuron de l'exposition, qui eut lieu à Vincennes le 26 Mars 1991. Ce fut immédiatement un succès, Eric Gohier vint avec un de ses amis, que je reconnus tout de suite, comme on dit "un coup", nous nous connaissons n'est-ce pas? Il répondit non vraiment je ne vois pas" tu portes bien une chaine a la cheville? Oui en effet, mais vraiment je ne m'en souviens pas! Je lui répondis "ce n'est pas grave, je n'ai presque rien senti..."
Je n'invitais pas pour ce vernissage ma famille, j'étais un peu las des réflexions vexantes ou déplacées. Je fis bien, cette exposition fut un vrai bonheur.

Je commençais à chercher un nouvel espace pour exposer et je vis cette galerie a la droite du centre Georges Pompidou, j'y rentrai avec mon book, nous avons sympathise mais il me proposait une exposition pour Octobre, Ce fut Fabienne Chabus encore elle, juste (pour anecdote, je la rencontrai lors d'un Rendez-vous dans une agence de pub en 1986, c'est un personnage hors normes, disons qu'il y en a trop, mais comme toujours, chez ces personnes le fond est vraiment gentil. elle m'acheta une première aquarelle puis plusieurs autres œuvres. elle m'invita un soir à diner dans un restaurant japonais très en vogue a l'époque dans le quartier de St Germain des Près. Nous finîmes aux bains par la suite, du reste c'est la première fois que je m'y rendais, c'était en 1986, entre quelques danses elle me dit: "je voudrai te faire aimer les femmes et que nous allions dans un hôtel" J'essayais de nous visualiser elle et moi dans un lit, ça aurait été comme coucher avec un fusain de Toulouse-Lautrec, son Yvette Guilbert, parce que Fabienne dès la première rencontre m'y faisait penser, la vraie gouaille Parisienne. Bref ce fut Fabienne qui m'envoya voir Michel Gubri, rue St Martin a Paris. J'y exposais tout de suite après Vincennes, et je préparais une exposition pour la rentrée.

Un soir, lors d'un diner au restaurant "la providence" du cote de la rue st honore, que Je me trouvais assis à table en face de Raymond de Nicolay. Je remarquais pendant que toute la bande de Christophe partait dans des couinements volubiles, Raymond lui dessinait sur un bout de nappe en papier. Il vit que je l'avais remarqué, et me permit de mieux voir son dessin.
Je compris que je ne lui étais pas indiffèrent. Cette soirée finit d'une façon très drôle, tout ce monde décida de jouer un tour à l'antiquaire du 7 eme arrondissement, et c'est rue St Honore que l'idée vint de décrocher un calicot: deuxième démarque qui barrait une devanture de magasin. Nous partîmes en expédition dans le 7 eme. Et toute la bande (je restais en retrait tout de même) colla le calicot sur la devanture du magasin d'antiquités. Le plus drôle c'est que le lendemain non seulement le propriétaire enrageait de ce mauvais tour, mais plusieurs personnes rentrèrent dans sa boutique a la recherche de la bonne affaire 2 eme démarque
Je sonnais chez Christophe, il ouvrit et à ma stupeur portait autour de la tête un foulard Hermès. Mais ce n'était pas tout, il se jeta sur son canapé en hurlant dans un râle paresseux: "Je suis morteeee", Je crois que voir cet homme barbu, essayer de ressembler à sa mère, m'a plutôt décontenancé, et ça m'a fait réfléchir...
Christophe parlait aussi en dormant: Nicolay par ci, Nicolay par la
Une fois ou nous nous rendions vers les puces de St Ouen, je croisai Evelyne, avec sa sœur et son frère, moi j'étais avec Christophe et deux copains. Christophe la trouvât "moche" moi je lui trouvai toujours son charme. Depuis longtemps j'entends parler des "anges gardiens", moi j'ai mon avis là-dessus, n'importe qui peut être un ange gardien. Ainsi Evelyne et plus tard Christophe ont été deux de mes anges gardiens. Ils se sont trouvés la, sur ma route, et sans le savoir m'ont apporté une lumière, celle qui m'a fait tenir plus longtemps, Fabienne Chabus aussi a été un de mes anges gardiens.
Ce fut un soir après un de ces diners ou les convives retournaient les couverts a la recherche du poinçon que l'idée s'insinua en moi, Je ne les supportais plus à jouer les snobinads de boulevard. Et il suffit d'une remarque désobligeante de Christophe pour que je me décide.
"Raymond?
C'est ainsi que nous avons commencé à nous voir, le collaborateur de Raymond, Bernard Froidure (dit toujours froid jamais dur..) appelait Christophe  "comme ça" pendant nos rendez-vous secrets, en réalité il consultait l'agenda de Raymond, c'était sa façon de lui faire savoir qu'il était cocu

je commençais à cette période le portrait de Jean-Paul Chayrigues de Olmetta. Ce personnage qui véhiculait tout ce que je haïssais, avait l'honnêteté de dire ce qu'il pensait, je n'avais donc pas de surprise avec lui. Je fis son tableau, sortit quelques fois au théâtre en sa compagnie mais même en me forçant je n'aurai jamais cédé a ses avances, vous comprenez les pseudos aristocrates, et les vrais aristocrates, c'est un peu comme des pralinés de chez la marquise de Sévigné et ceux de chez monoprix. Je connus aussi le comptable du théâtre Tristan Bernard. Celui ci me commanda son portrait.
Mais à l'image de son propre couple le mien finissait et je ne fis jamais son portrait. Je ne dormais plus, je quittais Christophe pour aller voir le golf a la tv, pendant qu'il dormait, la peur de ce que j'étais, la peur de le contaminer, la peur que ses amis l'apprennent, l'un d'eux Frederic Gentin, n'était-il pas médecin? je préférai finir notre relation pour mieux échapper a mon mal-être.
C'est pendant cette période que la succession de mon grand-père pris une dimension juridique, les ayant-droit (mes cousins) de la sœur ainée des filles Bencimon, qui n'était plus depuis Juin 1960, et ma mère, attaquait ma tante Nelly de Madrid. Peu après nous partîmes mon père ma mère et moi pour Nice pour les 80 ans de madame Bouchara. Ma mère perdait souvent la voix pendant cette période. C'était un plaisir de revoir la famille Bouchara au Negresco. Gilbert Bouchara, royal, offrit ce merveilleux diner d'anniversaire à sa mère.

L'année 1991 touchait à sa fin, et aujourd'hui je peux me permettre de me retourner sur ces années-là. Les années Mitterrand, je dirai que ce que je lui reproche le plus c'est d'avoir institutionnalisé un antisémitisme disons de bonne convenance, mais c'est la plus perverse des formes. Je reproche à mes coreligionnaires de ne pas s'être rendu compte, probablement sous le charme de Mitterrand, d'avoir été instrumentalisés et d'avoir contribué ainsi à cet état de fait, il faut dire qu' il avait le charme du diable. Imaginez Jacques Attali, ce brillant grand homme répondre à une question de Bernard Pivot, lors d'un "Apostrophes": "Oui bien sûr que j'ai lu Céline, et le voyage au bout de la nuit". Savait-il que pendant ce temps-là, dans les salons mondains, on l'appelait le juif à Mitterrand? Malheureusement cette institutionnalisation perdure et a même empirée.
L'année qui s'annonçait fut la plus triste des années de ma vie

Exposition du 26 Mars 1991 au Club Uranie - Hippodrome de Vincennes
Exposition du 26 Mars 1991 au Club Uranie - Hippodrome de Vincennes
Article sur l'exposition Exposition du 26 Mars 1991 au Club Uranie - Hippodrome de Vincennes

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Nelly | Réponse 01.10.2013 04.06

Erick
Votre histoire est passionnante et elle mériterait d'être publiée et j'ai hâte de connaître la suite car il y aura une suite n'est-ce pas?

Erick 01.10.2013 16.18

Merci Nelly, mais les editeurs marchent au "bankable" je ne dois pas l'etre :)

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Commentaires

11.04 | 09:10

C'est une composition mixte, Résine, volière enduit au pinceau, feuille d'or, acrylique, bois et plastique, passez le bonjour à vos parents de ma part

...
11.04 | 09:07

Je ne sais pas si c'est votre père qui l'avait acquis vers 1991, je me souviens très bien de ce jour, il m'a dit que c'était son cadeau pour ses 50 ans

...
10.04 | 23:57

Bonjour,

C'est exact !
Déménagement de papa ne permettant pas de l'exposer dans son appartement par manque de place...
Quelle est sa composition ?

Cdlt

...
10.04 | 07:36

Bonjour Xavier, Avec un chiffon légèrement humide.
Etes-vous le nouveau propriétaire?

...
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Bonjour !
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