1992 - La tristesse

Si l'on pouvait revenir en arriere

Si l'on pouvait revenir en arrière avec la mémoire que l'on a acquise, je crois que je reviendrai sur cette année maudite 1992 et que je recommencerai avec l'expérience de ce qu'il s'est passe cette année -là.
J'étais toujours chez Michel Gubri, sous la pression de ma famille et pour faire plaisir à ma mère, un Vendredi soir, je dis à mon père: "si ton client cherche un vendeur je suis là"
C'est ainsi que je commençais de travailler comme vendeur chez Scotland Hard au nouveau forum des Halles.
J'apprenais a vendre et très vite je me débrouillais, je faisais des "boules" ou boulettes, ce qui en jargon de vendeur signifie faire une grosse vente. Une fois Christophe vint me chercher, nous sommes allés voir Hook ou la revanche du capitaine Crochet de Steven Spielberg dans un des cinémas du forum. Notre relation était finie mais nous évoluions vers une amitié. Je me souviens de la tête de mes collègues vendeuses quand Christophe était venu me chercher à la boutique.
Un jour mes parents reçurent de la SIMCO la société qui leur louait l'appartement un avis d'augmentation du loyer pour le bail à signer. C'était un pourcentage énorme en plus, comme l'avait fait remarquer une voisine "On ne travaillerait que pour payer le loyer!" Patrick (le frère...) les poussa à acheter un appartement ou une maison en banlieue, et ils commencèrent a chercher dans le Val d'Oise. Ils finirent par trouver un appartement à Montmorency. Je me souviens de la première fois où j'ai visité cet appartement en leur compagnie, j'ai eu un mauvais pressentiment..
Mes parents recherchaient alors des fonds, ils envisagèrent de vendre les bijoux de ma mère, je l'accompagnais chez Boucheron pour une estimation d'un collier qui venait de chez eux. Apres avoir laissé le collier pour l'estimation maman et moi sommes allés au café a l'intérieur de l'Intercontinental. Là nous avons un peu parle, de Christophe, je lui dis que c'était fini, elle répondit: "Une erreur de jeunesse..." Je me rappelle toujours de ce rare moment que j'ai passé avec elle, dans ce même café ou 3 années auparavant Evelyne et moi aimions souvent venir déjeuner. Ce jour-là, elle portait un tailleur noir et un chemisier rouge, ma mère avait de la classe, elle avait beau être grosse elle avait les plus belles et fines jambes du monde, en plus d'une classe et d'une élégance naturelle, nous avons eu un moment de tendresse comme jamais auparavant, nous avons parlé d'Evelyne curieusement, elle s'était un peu identifiée a elle par rapport à Raphael Toledano, ou encore un autre amour de jeunesse, je lui faisais remarquer que les deux n'avaient rien en commun vu que même si Evelyne était drôle, elle n'avait aucune classe. Quelques jours plus tard elle reprit le collier avec une estimation pour assurance de 600 000 Francs, malheureusement très éloignée de la vraie valeur de 50 000 Francs seulement. Pas vraiment de quoi avancer pour l'achat de l'appartement. J'appelais Raymond et leur prenait un rendez-vous. Je les accompagnais à l'étude Couturier de Nicolay, rue de l'Université dans le VII arrondissement de Paris, ma mère portait son vison et mon père m'étonna par sa bienséance. Raymond examina les bijoux et envoya le tout à l'expert. En partant, nous dirigeant vers la voiture, je me souviens de cette marchande antiquaire qui apparemment impressionnée par l'allure de ma mère s'apprêtait a lui ouvrir la porte puis son air dépité lorsque nous avons suivi notre chemin vers la Volvo.
Maman s'était sentie flattée, dans la voiture Papa me demanda d'où je connaissais de Nicolay, lui aussi avait été surpris par son étude. J'éludais sa question.
Quelques jours plus tard nous reçûmes l'estimation plutôt décevante une nouvelle fois.
Je téléphonais a Raymond et je n'oublierais jamais ce Rendez-vous ou je le vis s'énerver en disant que ça ne valait pas plus, de beaux bijoux de petits bourgeois... je l'ai revu une dernière fois quelques mois plus tard.
Mes parents prirent un Crédit immobilier a la banque, papa prit l'argent qu'il avait soi-disant mis de cote sur un plan d'épargne ouvert à mon nom, je lui fis un courrier lui reversant l'argent.
Les travaux s'enlisaient, et je me souviens de cette visite un peu avant Pacques ou je les accompagnais a Montmorency visiter cet appartement tout était sens dessus dessous, les fenêtres n'avait pas été posées rien n'était fini, ma mère était effondrée, en repartant je l'ai vue s'arrêter sur le trottoir, sa veste en tweed rouge le visage blême, "rien n'est encore fini!" dans la voiture mon père fumait et ma mère commença a tousser je demandais a mon père d'éteindre sa cigarette.
Pâques arrivait et le déménagement aussi Maman n'arrêtait pas de me dire" on va finir a la rue, les travaux ne sont pas finis, qu'est-ce qu'on va faire?
-Non vous ne finirez pas à la rue mais venez chez moi le temps que les travaux finissent (j'avais repris le studio de Patrick en bas de l'appartement)
finalement elle rappela la SIMCO la société qui louait l'appartement, expliquant les retards pour les travaux et elle obtint de pouvoir rester 15 jours de plus dans l'appartement de la rue Championnet.
Elle s'activa au-dessus de ses forces pour ces Pâques. Ma tante Suzy la femme du frère de mon père déclina l'invitation sous le prétexte qu'il n faut pas "répéter des invitations"... avec en plus une brouille entre mon frère et mon cousin Thierry, encore un mot déplacé de mon frère a son égard quelque chose à propos de "nébuleux" concernant une explication de Thierry. D'autres membres de la famille vinrent a la sortie de Pacques mais je voyais bien que maman n'allait pas bien elle ne bougeait plus du fauteuil qui faisait face à la télévision du salon, un jour je lui dis "Maman j'appelle le médecin
-NON surtout pas!"
Je regrette encore de ne pas l'avoir fait
Un soir en rentrant du travail, je la vis alitée, mon frère et sa compagne sur le lit, ils lui avaient apporté des douceurs.
Elle allait vraiment mal, mais elle souriait.
Le lendemain je repassais a la maison après le travail mais le médecin était là. Patrick raconta qu'il avait entendu la voix de ma mère l'appelant pendant son sommeil, aussi le lendemain il vint la voir et appela le médecin.
Celui-ci constata que ma mère avait fait infarctus sur infarctus, que le diabète lui avait fait penser que c'était des suées. Pendant que l'on attendait l'ambulance des urgences La respiration de ma mère devenait difficile, le médecin s'affolait tout comme nous, l s'activait pour trouver un bon hôpital mais ma mère voulait Bichat ou elle allait toujours voir son spécialiste pour le diabète.
Les brancardiers arrivèrent et l'emmenèrent à Bichat. Mon père et le reste de la famille suivaient, je restais pour fermer l'appartement avant de les rejoindre a l'hôpital.
En arrivant le reste de la famille était la, mon cousin Robert dit le Grand parce que l'aine des petits cousins males, et sa famille. Quand je rentrais dans sa chambre, elle paraissait aller mieux, elle me sourit et dit tout de suite: "Robert, je dois te parler" mais tout le monde autour empêchait toute intimité a ce qu'elle avait a me dire.
Dans les jours qui suivirent ses premiers jours d'hospitalisation je me rendais après mon travail et a l'heure des visites dans sa chambre a Bichat. Elle me disait tout le temps: "Robert il faut que je te parle"  Mais les visites l'empêchait de parler, je commençais a être intrigue.
Les médecins envisageaient déjà de lui faire un double pontage, mais une date pour l'opération était difficile, et malgré l'urgence la date la plus proche était pour 2 semaines. Elle devait subir une série d'examens avant.
Un jour enfin nous étions seuls dans la chambre, elle me dit Patrick venait de partir. Je lui avais apporté une photo représentant une rose avec un petit présent, une chemise de nuit, qu'elle m'avait demandé,  pour la fête des mères. Elle était touchée: -merci je sais que tu n'as pas beaucoup d'argent tu n'aurais pas dû...Nous avons parlé de plusieurs choses de l'exposition Universelle de Séville, tu aimerais y aller? "Oui dit-elle j'en rêve - quand tu seras remise Papa va t'y emmener" puis nous avons ri des rebondissements dans la famille royale britannique, je lui racontais quelques anecdotes croustillantes que je tenais de Frederick, le vice consul, ça l'amusa. 
Apres un instant elle reprit un air plus sérieux
-Robert je t'ai dit plusieurs fois que je devais te parler, le moment est venu
Elle hésitait, je la voyais gênée, je luis dis ne t'inquiètes pas Maman tout se passe bien
-Je sais que la machine est vieille dit-elle en parlant de son état, et j'ai un mauvais pressentiment
-Maman ce qui compte c'est que tu te remettes bien
Je vis bien que quelque chose l'empêchait de parler, elle dit enfin
-Restes avec Papa
Qu'est-ce que ça voulait dire, pourquoi n'a t-elle pas tout dit? Pourquoi me demander de revenir avec Papa?
Papa arriva et je rentrai rue Championnet avec lui, nous partîmes diner au Rossini dans la rue Damrémont.
Dans la nuit je fis un sale rêve, ma tante qui venait me voir, et moi très fâché qui lui disait "je ne te pardonnerai jamais ce que tu lui as fait! " Je me réveillais essayait de joindre l'Hôpital sans réponse, Le standard répondit enfin, on me dit que les services étaient fermes de rappeler le lendemain a l'ouverture. J'arrivai aux heures de visite pour découvrir son lit vide Patrick et mon père étaient là aussi une assistante sociale nous apprenait qu'elle avait eu une embolie pulmonaire pendant la nuit et qu'elle avait été transférée aux soins intensifs. On nous mis en garde, son état est très grave.
Quand nous avons pu la revoir elle avait été intubée et mise sous coma artificiel, ça a été un très grand choc, de la voir inconsciente la poitrine rythmée par le respirateur artificiel, les médecins et infirmières insistant sur le: "il faut qu'elle pisse" quand nous pouvions accéder a son chevet nous devions enfiler une blouse un masque et des gants, la salle des soins intensifs devait rester le plus possible aseptisée. Plusieurs jours devaient passer avant qu'il y ait une amélioration et qu'elle revienne à elle, a son réveil elle fit un geste pour déchirer les chemises de mon père et mon frère, en signe de deuil. Elle comprit qu'elle était toujours en vie. Enfin elle allait pouvoir subir le triple pontage. Ce fut le début d'un cauchemar, et de plusieurs mois de souffrances.
Elle subit au moins 3 opérations du cœur, elle fit une septicémie, les médecins lui ont administre du sang O+ alors qu'elle était O-, les infirmières se justifiaient en disant: ne vous inquiétez pas ils savent comment transformer le groupe O+ en O-...Parfois elle reprenait conscience et c'est pendant un de ces moments qu'elle a pu écrire sur une feuille verte des mots avec difficulté, comme elle était intubée elle ne pouvait pas parler il était difficile de comprendre ce qu'elle voulait expliquer. Mais elle écrivit cette phrase sibylline: Robert le grand il a pas demandé r qui était la tante qui était venue me voir qu'il a dit que ma sœur était venu me voir"
En dehors de nous sa famille proche, sa sœur n'était pas venue la voir, nous avions été clair il ne fallait pas qu'elle subisse des émotions fortes
Les médecins lui enlevèrent pendant quelques heures l'intubateur et de ses cordes vocales écrasées elle me dit en Espagnol "Ils veulent me contaminer en m'injectant le sida" elle me montrait les poches de sang, je comprenais que les anti douleurs la faisait délirer mais dès ce moment je commençais a culpabiliser "Et si c'était moi la cause de toutes ces rechutes?"
Ils l'intubèrent de nouveau, une nouvelle infirmière lui avait été affectée, blonde le cheveu plat une banane de rimmel façon Dalida des années 50/60 sur les cils qui nous avait pris en grippe nous, ces proches.
Comme j'appelais tous les soirs le service à la même heure pour connaitre l'évolution de l'état de ma mère, un jour en rentrant du travail j'avais un message en provenance du service, un message insultant, c'était cette infirmière et quelqu'une de ses collègues. Un jour ma mère éveillée et assoiffée me demandait de l'eau ce qui lui était strictement interdit.
j'ai pris un chiffon imbibe d'eau pour lui rafraichir le visage et cette infirmière surgit comme une furie, hurlant dans le service censé être silencieux, je vis le cœur de ma mère s'emballer, une tachycardie secouant son corps, j'allais immédiatement voir l'infirmière en chef et l'informait. On ne revit plus en notre présence cet ange de la mort près de ma mère. Comme nous ne voyions aucune amélioration de son état, nous avons voulu l'envoyer dans un autre hôpital, ce qui nous avait été fortement déconseillé par le service des soins intensifs, son médecin traitant et Johny Azeraf un ami proche de mon frère, lui-même médecin cardiologue a Lariboisière, qui nous dit, avec le "tact" de certains médecins: "son cœur est pourri!"...
Le 18 Aout 1992 je consultai a distance, de mon travail mon répondeur, et j''écoutais ce terrible message:
"Venez de toute urgence a l'hôpital"
Je compris et je quittai mon travail, je fus le premier arrive, on me fit rentrer, elle était la, emmaillotée dans un linceul les bras en croix sur sa poitrine, je m'approchai d'elle en pleurs, l'embrassai, mon oreille gauche s'approchant de sa bouche ouverte, j'entendais ce son creux de l'air prenant possession de son corps sans vie, comme pour expulser son âme, ma tête me faisait extrêmement mal, bourdonnait, je ne pouvais pas le croire, je me relevai, une infirmière vint me remettre un sac en plastique avec toutes les affaires de Maman, entre elles la photo de la rose, et la chemise de nuit que je lui avais offert pour la fête des mères, déchirée par les médecins le jour de son embolie.
Aujourd'hui encore et toujours, j'ose espérer qu'elle évolue en paix, comme dans cette cour intérieure, de cet immeuble Florentin ou je l'avais photographiée et où Elle semblait si calme.

Le deuil

Des le lendemain mon pere me dit: "c'est toi qui l'a tue"
A la morgue de l'hopital lorsque l'on a pu la voir avant l'enterrement tous les 3, nous avons demande a voir son visage, il etait crispe par le froid comme si elle en avait souffert une fois dans la chambre froide, nous nous sommes effondres en larmes.
Cette peine envahissante et ce sentiment de n'avoir pas tout fait pour elle, le sentiment de n'avoir pas ete au bout de ce que nous aurions pu faire pour la garder, devint comme une pellicule de salete qui s'accrochait sur ma peau et sur mon ame.
Je revenais vivre avec lui dans l'appartement de Montmorency que je haissais tant, tout en gardant le studio de la rue Championnet, n'etaot ce pas ce qu'elle m'avait demande?
Et c'est pendant la premiere semaine de deuil en recevant mes patrons, les clients de mon pere et mon frere, que Patrick fit une remarque malveillante a mon egard, laissant entendre que je n'etais bon a rien. Des mon retour au travail je me rapprochai de Regine Ossona de Mendes une trres jolie rousse aux jambes fines comme j'aime. Elle travaillait quelques mois auparavant dans la meme entreprise que moi jusqu'a sa demission et son engagement chez des concurrents. Un soir dans le metro je lui racontais ce que je ressentais, elle vint a mes cotes, m'entourra de ses bras et nous nous sommes embrasses. Ce fut une relation tres breve et tres difficile. Je fus licencie dans les jours qui suivirent, au milieu de comerages sur une relation que Regine entretenait avec l'un des associes et notre relation...
Commeca alors une longue descente aux enfers, des nsultes en permanence, mon pere qui tous les soirs quittait le domicile vers 23h a minuit et ne revenait que vers 2 heures du matin. Les journees ou lui et mon frere m'obligeaient a signer les assemblees de la CEGETI.  Le visage rempli de haine de ma belle soeur qui venait d'accoucher de son second enfant, et cette reflexion de l'aine des garcons qui me dit: "C'est toi qui a tue Mamie?" Voici ce que ma famille disait de moi. Je ne comprendrais le sens de ces mots bien plus tard. En attendant tout etait fait pour m'exclure.

Écrire un nouveau commentaire: (Cliquez ici)

SimpleSite.com
Caractères restants : 160
OK Envoi...

Nelly | Réponse 27.10.2013 17.13

Erick
Je viens de lire la suite, je vous dirai ce que j'en pense personnellement, je suis trop boulversée pour dire quelque chose en ce moment

Voir tous les commentaires

Commentaires

11.04 | 09:10

C'est une composition mixte, Résine, volière enduit au pinceau, feuille d'or, acrylique, bois et plastique, passez le bonjour à vos parents de ma part

...
11.04 | 09:07

Je ne sais pas si c'est votre père qui l'avait acquis vers 1991, je me souviens très bien de ce jour, il m'a dit que c'était son cadeau pour ses 50 ans

...
10.04 | 23:57

Bonjour,

C'est exact !
Déménagement de papa ne permettant pas de l'exposer dans son appartement par manque de place...
Quelle est sa composition ?

Cdlt

...
10.04 | 07:36

Bonjour Xavier, Avec un chiffon légèrement humide.
Etes-vous le nouveau propriétaire?

...
Vous aimez cette page
Bonjour !
Créez votre site web tout comme moi! C'est facile et vous pouvez essayer sans payer
ANNONCE