Les Objets

La statuette, une affaire conclue

Comme les autres objets, j'achetai cette statuette sur un coup de cœur.
Et comme pour m'imprégner de ces objets j'aime les observer, les toucher, les garder près de moi pendant quelques heures, puis je les place sur un meuble, une étagère ou dans une vitrine.
Et je passe devant sans plus les regarder, et un jour, je les reprend, les nettoie, puis les remet à leur place, jusqu'à la fois prochaine.
Ce Samedi matin je descendais les escaliers de mon duplex, et je passai devant la statuette, mais cette fois-ci, je la regardai plus longuement.
Quelque chose avait changé, elle semblait différente.
Je m'en approchai, la pris dans mes mains, je décidai de la nettoyer alors je la posai sur la table en verre de la salle à manger.
Elle n'est pas spécialement petite cette statuette, 25 cms, un petit bronze de jeune fille, la « fiancée » de Werther, posé sur une socle de marbre vert.
Un petit sujet romantique, c'est vrai qu'elle était jolie, mais elle avait changé.
Je cherchai les chiffons secs pour la nettoyer (surtout ne nettoyez pas vos bronzes avec des produits qui leur enlèverai la patine, une vrai cauchemar pour les professionnels)
Je m'assis en face d'elle, commençait à lui épousseter la tête, et horreur, elle se détacha de son cou gracile, les autres membres, les bras, les jambes se détachèrent aussi, il ne restait plus que le tronc et le bassin assis sur le marbre.
Je cauchemardai, mon bel objet se disloquait, comment un bronze pouvait-il-tomber en morceaux, comme si toutes ses parties étaient collées entre elles avec un adhésif bon marché.
Je prenais la tête au sourire si gracieux lors de l'achat qui s'était changé en une grimace de douleur.
Je souffrais comme elle, j'étais démuni: "que dois-je faire?" 
Je mettais les différents membres côte à côte sur la gauche du socle, je culpabilisais: "c'est à cause de moi!"
Depuis combien de jours, de mois, peut-être des années je ne l'avais plus regardée?
"Je dois l'emmener chez un restaurateur" ma petite chienne Léa, s'approchait de la table, elle grognait, mon gros chat blanc Tchitchi aussi semblait inquiet, il restait assis sur le canapé mais il levait ses beaux yeux jaunes vers la table.
"Est-ce moi qui part en pièces?"
J'étais peiné pour la jeune fille en bronze.
Je mis les membres de son corps dans du papier bulle et emballai le tout dans un sac en plastique.
Le lundi suivant je me rendais chez le restaurateur près de la rue Bialik, je vis un homme entre 55 et 60 ans des lunettes de presbyte posées sur le bout de son nez.
Derrière le comptoir vitrine de verre, je déballai le bronze, ses yeux quittèrent les foyers de ses verres correcteurs pour me fixer:
"Et?
- Il faut la remettre en état
- Quel état?
-Vous ne voyez pas? elle est en pièces!
- Les objets ont une âme, mais ce n'est pas moi que vous devriez solliciter, regardez votre statuette, elle est parfaite!
Je regardais la jeune fille, en effet elle était entière, je ne comprenais pas
-Je vous assure, elle était en morceaux!
- C'est un psychologue que vous devez consulter, pour elle je vous en offre 1000 €!
Je remballai le bronze et repartait tout confus, dans la rue je croisais des personnes qui ne me voyaient pas, qui semblaient même m'éviter, c'était mon quotidien.
Je rentrais chez moi, reposait la statuette sur le buffet et m'assit sur le canapé du salon, en face d'elle.
J'ai tout imaginé, elle n'est jamais partie en morceaux, je ne la voyais plus...

Mon Dieu, c'est le reflet de ma vie. Quand je sors, personne ne me voit, personne ne me parle, je suis fondu dans le décor, cette statuette, c'est moi.
C'est moi qui ne la voyais plus peut-être par vengeance, pour masquer ma douleur, celle de mon âme, celle d'être ignoré.
Alors je criais :

J’EXISTE

Quelques années plus tard, dans une émission télévisée très populaire, un homme plutôt rond et jovial s’expliquait face à la caméra :
J’espère avec mon objet faire une belle affaire conclue !
Face à la jolie et charmante présentatrice blonde, Raymond bafouilla : Sophie, tenez, c’est pour vous, il lui tendit un sachet en cellophane contenant des bouchons de champagne de chez Fossier, des chocolats typiques de Reims, puis il tendit à son tour un sachet à Harold, le commissaire-priseur.
Au centre du meuble bien connu des téléspectateurs et servant de support à leurs objets, trônait une jolie petite statuette, un bronze, un sujet romantique.
-« C’est un bien joli objet que vous nous apportez là, racontez-nous son histoire
-lorsqu’un oncle de ma femme est décédé nous avons vidé sa maison et cette statue s’y trouvait-Et pourquoi vous en séparez-vous aujourd’hui ?

-Nous avons changé de décor et elle n’y a plus sa place aujourd’hui
Alors Harold, que dites-vous de ce joli sujet ?
-Nous avons là un joli sujet en bronze fin dix-neuvéme, représentant la jeune Charlotte, personnage célèbre du livre de Goethe "Les souffrances du jeune Werther" par Erich Schmidt-Kestner né le 15 janvier 1877 à Berlin et mort le 24 octobre 1941 à Nordhausen.
Nous avons également le cachet de la fonderie Hermann Noack, il s'agit de Charlotte Buff « flirt » de l’écrivain qui inspira a Goethe le personnage de Charlotte, le sculpteur est le descendant direct de celle-ci.
C'est un sujet rare pour ce sculpteur bien connu pour la représentation de sujets athlétiques inspirés de l'antiquité grecque. Beaucoup de ses œuvres ont été détruites lors des bombardements pendant la seconde guerre mondiale.
-C’est une jolie sculpture, on la croirait vivante, encore un mot sur la patine ?
-C’est une patine brune qui n’a pas vraiment souffert.
-Et combien en espérez-vous? demanda Sophie au vendeur
-J’en espère 1000 €
-Que pensez-vous faire de la somme que vous en aurez?
- Inviter ma femme dans un self service!
- Pas très romantique comme restaurant!

- Nous avons des goûts simples!
- Qu’en dites-vous Harold ? à combien estimez-vous la jolie Charlotte?
Je resterai plus prudent, j’estime cet objet à 400 €, défendez-le bien auprès des acheteurs.
-Voici votre passe, Sophie tendit le fameux passe rouge et blanc sur carton ondulé à Raymond qui céda la place à Bernard venu présenter une saupoudreuse à sucre en argent « qui prend trop de place »
Face à la caméra Raymond déclara  « c’est en dessous de ce que j’espérai mais je vais faire mon maximum pour faire monter les enchères, je pense que mon objet devrait intéresser les deux Caroline »
Ce jour-là les acheteurs au nombre de cinq étaient : Alexandra Morel, Julien Cohen, Pierre-Jean Chalençon, Caroline Pons et Caroline Margeridon.
C’est cette dernière qui demanda à Raymond de se présenter.
Je suis Raymond je viens de Paris 18 -ème
Et tous les acheteurs de s’exclamer :
-Ah mais vous êtes venu en voisin alors ?
-Alors quel est donc ce joli bronze ?
-Il s’agit de Charlotte, le personnage qui inspira les souffrances du jeune Werther de Goethe, sculpté par Erich Schmidt-Kestner qui n’est autre d’après l’expert que le descendant de Charlotte Buff.
Et là Caroline de se lever du haut de ses talons surdimensionnés pour s’approcher du bronze.
Pendant ce temps là Julien resté assis commençait à rechercher par son smartphone sur internet des informations sur le sculpteur.
-Mais dites-moi c’est ce sculpteur qui fit un bronze d’Hitler ?
Tout de suite un silence pesant sur le plateau, et Pierre-Jean, très érudit de dire :
- Il est mort en 1941, mais n’était pas forcément nazi, il a bénéficié de beaucoup de commandes officielles durant sa carrière bien antérieure à l’ère nazie.
-Cet objet vient d’un oncle de mon épouse qui l’avait acheté au marché aux puces de la place Dizingof à Tel Aviv.

Julien et Pierre-Jean s’approchèrent à leur tour du bronze, Caroline Pons très esthète, de dire :
- Ce bronze est ravissant, j’en offre 100 € !
- Tout de suite ! s’écria la Margeridon : 250 €
- 270 € dit Julien
- Ce bronze est très chic, pour une salle de bains sur une console en marbre XVIII -éme dit à son tour Pierre-Jean, qui se leva et se mit à danser en chantant : « Ah Charlotte, je meurs pour toi, moi le jeune Werther, Ô ma Charlotteuuuu »
- 300 € dit Alexandra
- Mais ma chérie, ce n’est pourtant pas ta came ? dit Margeridon 400 € !
- Je sais bien, mais Charlotte est joliment bien faite dit Alexandra, d’un air interessée, 500 €
- Mais tu ne l’auras pas ! 550 €
:mp

- 700 € surenchérit Pons
- 705 € dit à son tour Margeridon
- 800 € dit enfin Pierre-Jean
- Mais mon amour ce n’est pas ton style ?
- Mais oui, je le trouve charmant !
- 900 € dit Julien
Comme à son habitude Margeridon prit son air condescendant envers Julien :
- J’en étais sûre ! tu ne l’auras pas « Juju »
Et si on prenait les 2 premières lettres de Caroline pour en faire un diminutif, ce ne serait pas vraiment flatteur, pensa Raymond
- 901 € dit Margeridon
Julien sortit une liasse de billets qu’il commençait à compter et à poser devant lui :
- 1000 € !
Raymond semblait satisfait, Pierre-Jean lui dit : Alors, Raymond faites-vous une affaire conclue avec Julien ?
- Oui, et Raymond s’avança tout doucement, dans l’attente d’un surenchère de dernière seconde vers Julien qui lui serra la main et lui dit :
C’est étonnant mais les objets nous survivent à tous.
Telle est l’histoire de la petite statuette, qui connut ces quelques minutes de gloire dont parlait Andy Warol mais dont tout le monde oublia le prénom et le nom du précédent propriétaire qui eut un coup de folie pour elle, les objets nous survivent.

La coccinelle rouge

La coccinelle rouge

Toute ma vie, j'ai eu une myopie astygmatie pénible et au mois de mai 2017 je fis l'opération au laser de mes yeux, le mono vision, l'oeil gauche pour la vision de prés et le droit pour la vision de loin.
Dés lors, je réappris à voir les gens les animaux et les objets.
Et c'est lors de mon premier contrôle post opératoire que peu avant le rendez-vous dans la galerie commerciale en bas du centre Care, rue Ibn Gvirol, où je subis l'intervention au laser,
ce rouge vif et cette forme attirérent mon regard.
Je remarquais cette petite voiture en fer peinte en rouge, un objet neuf façon "vintage".
Sur la galerie de la voiture, des bagages une planche de surf avec le chiffre 8, mon chiffre fétiche.
Une invitation au voyage et un retour vers le passé, des vacances sur la Costa del Sol, dans une des nombreuses crique entre Torremolinos et Algésiras.
La coccinelle bleue ciel de mes cousins, les oursins royaux multicouleur et les poulpes que je dénichais lors de mes plongées.
Un souvenir mitigé entre instants heureux et un sentiment de mal à l'aise, un peu comme la piéce rapportée chez "les cousins".
Avec le recul je me rend compte que finalement c'était un instantané sur une courte période.
Les années sont passées, je n'ai plus revu cette partie de la famille et je ne les reverrai sûrement plus, ainsi va la vie.
Seulement cette coccinelle rouge vif et non bleue clair, m'a rappelé cette crique entre Torremolinos et Algésiras, où je ne suis plus jamais retourné.

Copyright
Erick Weiss
La coccinelle rouge

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Commentaires

13.01 | 20:41

bonjour merci pour votre réponse mais je ne vois pas votre adresse mail. Vous avez la mienne je pense par contre si vous pouve m'écrire

...
13.01 | 15:09

Bonjour Christelle, avec plaisir, vous pouvez me contacter directement sur mon adresse mail contact

...
13.01 | 12:19

bonjour Monsieur
j'ai découvert votre site par des recherches sur l'immeuble venezuela à Tanger. je suis architecte et chercheure parisienne.
contactez moi svp.

...
11.04 | 09:10

C'est une composition mixte, Résine, volière enduit au pinceau, feuille d'or, acrylique, bois et plastique, passez le bonjour à vos parents de ma part

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